EDEN BOUYABES

2010

Création tout public
D’après l’oeuvre de Erwan Cloarec

« On m’a dit, mais doit on croire tout ce qu’on nous dit ? On m’a dit que les premiers habitants d’Eden Bouyabes étaient arrivés du sud, par un jour de grande galerne, de ceux qui tissent la morve en dentelles salines, (bien au delà des commissures des narines) sur la moustache du nez… À dos d’âne ! Mais moi je crois que c’étaient des chameaux… On m’a dit qu’ils avaient franchi montagnes et vallées, camouflés dans un simoun fétide, ainsi travestis de puanteur, ils rasaient invisibles les villages et les cités. Et pour dégeler leurs os de derviches déchus, quand les bourrasques se faisaient glaciales auprès des cols ou dans les vallées profondes, ils effeuillaient de quelques pages, leurs livres alourdis de sagesse et de beauté et les livraient sans état d’âme aux feux furtifs et ardents comme des bûchés. » 

Eden Bouyabes, Erwan Cloarec

C’est un lieu aux contours mal définis, une lisière d’ordures entre un monde touffu d’ancêtres encombrants et un monde policé et lissé à la crême antiride, camisolé d’oubli. Là s’entassent les migrants, dans l’attente d’un passeur, d’un passage, de quelque chose de neuf, n’importe quoi pourvu que ça change. Et ils migrent les migrants, par grappes, par wagons, par pelletés, par trains ou cargos, par brouettées ou en guirlandes, parce qu’ils sont des migrants. Et il y en a qui choisissent de rester, de cesser de migrer, de demeurer entre deux eaux jusqu’à ce que mort s’ensuive : ni de là-bas, ni d’ailleurs, ils sont de là où les mènent leurs pas. Et là où ils sont, ils construisent ensemble leur propre histoire, leur propre mythologie. Avec leurs mains sales et leurs langages avariés, ils inventent leur propre vie, les résidents d’Eden Bouyabès, et ils accueillent toutes et tous dans leur Bretagne de feraille. Et ils s’en tamponnent que leur Bretagne ne soit pas homologuée, leur langue estampillée comme telle. Sous leurs pieds ils enterrent les morts, d’où qu’il viennent, ils pardonnent à tous les pêcheurs, recyclent les vies misérables en destins solaires, les rêves chétifs en mythes pour le printemps, l’été, l’automne ou l’hiver.

L’équipe

Mise en scène – Thomas Cloarec
Assistante à la mise en scène – Martina Filipova
Texte – Erwan Cloarec
Textes chansons – Gégé Guen, Loeiza Beauvir, Marion Gwenn, Tangi Daniel, Tony Foricheur
Traduction – Aziliz Bourges, Teatr Piba
Relectures – Mich Beyer, Francis Favereau
Comédiens – Loeiza Beauvir , Marion Gwenn, Tangi Daniel, Tony Foricheur, Charlotte Heilmann
Scénographie et décors – Jean-Michel Appriou, Nadège Renard
Costumes – Loeiza Beauvir
Musique – Jérôme Kerihuel, Fred Boudineau, Pascal Cuff
Création lumière et régie générale – Stéphane Le Bel
Régie son – Eric Péron
Production et diffusion – Mélanie Tanneau
Photographies Anne-Sophie Zika
Teaser – Sébastien Durand

Mentions

Soutiens : Région Bretagne, Conseil départemental du Finistère
Accueil en résidence : KLT – Espace du Roudour (Saint Martin des champs), Ti ar Vro Kemper – L’Arthémuse (Briec), L’alizé (Guipavas).

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